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Des
corps en souvenance
"Inutile
de me demander pourquoi je peins, prévient Yves Robert,
je ne le sais
pas. La seule chose dont je sois sûr, c'est que, du plus
profond de mes souvenirs,
je me vois, enfant, toujours des crayons de couleur à la
main. "
Pour ce passionné, sans pour autant dénier son importance
au sujet, la couleur prime. Yves Robert est aussi un expérimentateur.
Pour parvenir à ses fins, il n'hésite pas à
confronter les techniques, parfois de façon empirique,
curieux de découvrir jusqu'où il peut s'aventurer.
" Au départ, précise-t-il, j'ai travaillé
l'encre avec une seule couleur. Ensuite, j'ai mené des
recherches autour de mélanges, avec tous les aléas
que cela entraîne. " Intégré dans la
mouvance contemporaine, il laisse à son inspiration le
soin de l'entraîner vers une spontanéité revendiquée
: " J'ai besoin d'agir sans pouvoir revenir sur ce que j'ai
produit, insiste-t-il. "
L'aquarelle,
la peinture à l'eau et l'acrylique sont parmi ses techniques
favorites. Il les utilise sur toile, sur papier aussi bien que
sur le corps de ses modèles.
Relativement rare, la peinture sur corps est généralement
réservée aux performances. Yves Robert la conçoit
comme une uvre à part entière. Pour lui donner
ses lettres de noblesse et la rendre pérenne, il s'est
associé au photographe Patrick Wecksteen. " Cet artiste,
dit Yves Robert, a sur la femme un regard inspiré complémentaire
du mien. Il sait reconsidérer sa façon de photographier
et moi, affronter des aspects imprévisibles de l'uvre
composée."
La peinture sur corps met en uvre une suite d'actions assez
lourdes, aux aléas nombreux, desquels il sait tirer parti.
L'action du peintre n'est pas seulement le résultat esthétique
de pigments sur un grain de peau. Elle est tributaire de l'interprétation
qu'en propose le modèle qui la supporte, la valorise. Sa
survie est ensuite dépendante de la nouvelle interprétation
du photographe chargé de l'inscrire dans le temps, de la
perpétuer, afin que le spectateur puisse en profiter. Ces
interprétations successives doivent s'enrichir l'une l'autre
pour que l'artiste à l'origine du premier geste s'y retrouve,
sinon c'est la cacophonie.
Pour Yves Robert, la peinture sur corps est un choix, pas une
discipline classique. " Certes, reconnaît-il, il y
a eu un glissement de l'aquarelle vers la peinture sur les corps,
puis un retour vers l'aquarelle mais, peu à peu, un dialogue
de l'une à l'autre de ces deux disciplines s'est installé.
"
En dehors de quelques paysages monochromes, les aquarelles d'Yves
Robert sont essentiellement réservées à la
célébration du corps féminin. La couleur
parle. L'énergie prime tant dans les violines, les orangés
que les jaunes, révélant la spiritualité
d'une uvre largement axée vers des corps en souvenance.
Ces femmes en piédestal sont une invitation à l'harmonie
avec l'autre, donc avec soi. Les peindre, c'est révéler
le besoin pour l'homme d'explorer ses bonheurs.
Le travail pictural d'Yves Robert reflète parfaitement
la philosophie de la vie qu'il essaye d'appliquer chaque jour
dans son travail de décorateur : aller vers les gens pour
les accompagner dans leur projet, les stimuler, sans rien leur
imposer.
Alain Coudert
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